Tristan et Iseut

« Seigneurs, vous plaît-il d'entendre un beau conte d'amour et de mort ? C'est de Tristan et d'Iseut la reine. Ecoutez comment à grand'joie, à grand deuil ils s'aimèrent, puis en moururent un même jour, lui par elle, elle par lui. Aux temps anciens, le roi Marc régnait en Cornouailles... »

La légende :

J'ai découvert l'histoire de Tristan et d'Iseut en 1991, à l'âge 17 ans, et depuis je la lis et relis régulièrement. Ce magnifique récit conté par Joseph Bédier m'a profondément touchée, d'une manière que je ne m'explique pas. Peut-être tout simplement ai-je succombé à l'enchantement, tout comme Tristan et Iseut ? Mon âme a été troublée par leurs joies, leurs peines et leur mort. Plus qu'un récit, c'est un poème qui est né d'une admirable légende. C'est bien un poème, en effet, bien qu'il soit écrit en belle et simple prose. Joseph Bédier est le digne continuateur de vieux trouveurs qui ont essayé de transvaser dans le cristal léger de notre langue l'enivrant breuvage qui causa jadis l'amour et la mort des deux amants de Cornouailles.

Voici les éléments qui donnent un caractère légendaire à l'histoire de Tristan et Iseut et que l'on peut retrouver dans d'autres légendes :

  • Le Minotaure (mythologie grecque)
  • Œdipe 
  • La beauté surnaturelle des personnages
  • Le roi d’Egée
  • La présence de monstres 
  • Dieu protecteur
  • La présence de la nature
  • Les cheveux d’or apportés par un oiseau
  • De même que certaines invraisemblances, comme par exemple le saut de la chapelle, les monstres et la disparition du château de Tintagel.

Tristan et Iseut de Edmund Blair Leighton (1902)

Présentation

Impossible aujourd'hui de penser l'amour absolu sans qu'il ait un goût de folie et de mort. Ce mythe trouve sa première expression dans les récits du XIIe siècle qui content la passion réciproque du chevalier Tristan et d'Iseut-la-Blonde, femme du roi Marc de Cornouailles. Prisonniers de la fatalité de l'amour, incarnée par le philtre qu'ils ont absorbé, les amants luttent à la fois contre la société féodale et contre les tensions intérieures qui les déchirent. Ils ne cesseront de se battre que pour se rejoindre dans la mort.

Les textes

L'histoire de Tristan et Iseut (ou Iseult, Yseut, Yseult) a traversé les siècles pour intégrer la littérature. D'origine celtique, ce sont les poètes normands qui en ont fait les premières rédactions qui nous sont conservées. Issue de la tradition orale, la très populaire histoire de Tristan et Iseut fait son entrée dans la littérature écrite au XIIe siècle. Plusieurs textes différents ont vu le jour, dont les célèbres versions de Béroul et de Thomas d'Angleterre, certains ont été malheureusement perdus comme celui de Chrétien de Troyes, aucun de ceux qui nous sont parvenus ne sont intégraux. Entre 1900 et 1905, Joseph Bédier a reconstitué une version « complète » de la légende à partir de Béroul, Thomas d'Angleterre, Eilhart von Oberge et de fragments anonymes. Son ouvrage a fait redécouvrir l'histoire et est devenu la version de référence pour les lecteurs non spécialistes du XXe siècle.

Tristan (peinture murale Neuschwanstein).jpg

Tristan donnant le philtre d'amour à Iseut (peinture murale dans la chambre à coucher, August Spiess, 1881)

Origine

L'origine de l'histoire est incertaine ; Tristan serait à la base un héros picte d'Écosse, le mot Drust (Drostan), dans cette langue pouvant signifier «impétueux», mais la légende serait pour une bonne partie due aux apports de différents peuples celtes (dont les Gallois, les Cornouaillais, les Bretons armoricains) de l'aire culturelle brittonique. Certains critiques comme Bédier, Golther ou Schoeperle situent le texte initial de la légende dans la première moitié du XIIe siècle, d'autres comme Carney le font remonter au VIIIe siècle. Cependant, l'existence même d'un premier récit unique et complet à la base de ceux qui nous ont été conservés est sujette à caution. La légende ne s'est probablement pas constituée en une seule fois, mais développée progressivement de manière orale et transmise de génération en génération, puis au fil des réécritures, des réinterprétations, et d'enrichissements ou déformations culturels ou géographiques. En se fondant notamment sur les éléments les plus archaïques de la légende, on peut cependant supposer que les bardes gallois, à l'origine des premiers écrits connus sur Tristan (les triades), se sont eux-mêmes inspirés d'une légende de la littérature celtique, qui a pour protagonistes les amoureux Diarmaid et Grainne. Nombre de motifs présents dans cette légende se retrouvent dans les récits de Tristan. On a aussi pu donner comme autre source du mythe la légende de Deirdre et de Noise.

Musique et peintures

Neuschwanstein 3.jpg

À partir de cette légende, Richard Wagner a composé un opéra intitulé Tristan und Isolde (1865). Lors d'un voyage en Allemagne, je suis allée visiter le célèbre château de Neuschwanstein, situé à Schwangau en Bavière. Neuchwanstein est l'un des châteaux que le roi Louis II de Bavière s'est fait construire au XIXème siècle. Le roi était un mécène du compositeur Richard Wagner, auquel il vouait un véritable culte. C'est pourquoi, dans la chambre à coucher de son palais, j'ai pu découvrir et admirer avec un immense plaisir des peintures représentant diverses scènes de la légende de Tristan et Iseut. Mais le roi était mégalomane, et après avoir été déclaré fou en juin 1886, il fut interné quelques jours avant de mourir dans des circonstances jamais élucidées...

Joseph Bédier (auteur du Roman de Tristan et Iseut écrit en 1900)

Joseph Bédier (1864 - 1938), était un historien médiéviste français. Bédier a consacré sa vie à l'étude des œuvres les plus importantes de la littérature française du Moyen Âge. Son travail est axé autour de l'un de ses soucis constants : le problème des origines. Mû par cette ardeur, Bédier soumet à un examen attentif tout le corpus des contes étudiés, les classe, les compare. Finalement, il arrive à une conclusion surprenante - face aux théories communément acceptées - que la tradition est moins riche et moins variée qu'on ne l'avait cru jusqu'alors et que les textes les plus anciens possèdent un fonds commun d'éléments disposés selon un ordre constant, qui pourraient remonter à une même origine. La célébrité et la reconnaissance définitive lui arrivent avec la publication du roman de Tristan et Iseut, histoire qui, jusqu'alors, était ignorée du grand public français. Parmi ses travaux, il faut citer l'édition de la Chanson de Roland, ainsi que diverses études consacrées à la poésie épique médiévale et aux questions relatives aux origines des grandes œuvres de l'ancienne littérature française. L'un d'eux, Légendes épiques, recherches sur la formation des chansons de geste, postule une thèse «individualiste» au sujet de la création des gestes. Là, il insiste sur la nécessité de « considérer les œuvres comme elles sont, dans les textes existants au lieu de s'épuiser à chercher pour les chansons de geste des modèles hypothétiques qui auraient été perdus ». Une telle théorie n'a pas manqué de susciter des débats. Certains contradicteurs, par exemple Menéndez Pidal, ont réaffirmé l'idée d'une tradition lyrique et légendaire qui a précédé les chansons de gestes, comme il l'expose dans son livre La Chanson de Roland y el neotradicionalismo.

Tristan et Iseut (le roman de).jpg

Koyolite Tseila

Textes et sources : Wikipédia, http://www.neuschwanstein.de/index.htmLe Roman de Tristan et Iseut (Joseph Bédier)


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Commentaires (6)

1. Olivier Le 29/06/2009 à 21:28

J'ai aussi visité le Neuschwanstein il y a très longtemps (je devais avoir 10 ans). Je me souviens de touristes américains qui se demandaient si Louis II s'était inspiré de Walt Disney Smiley

Mais je crois aussi (bien que je ne l'ai pas visitée) que c'est là que Louis 2 avait fait une grotte pour concrétiser le monde féérique d'un autre opéra de Wagner : Lohengrin, celui qui vient sur un cygne. D'ailleurs est-ce que schwan ne veut pas dire cycgne en allemand ?



koyolitetseila

2. koyolitetseila Le 30/06/2009 à 21:24

Hello Olivier,
Je te remercie de m'avoir lue.Smiley

Ils sont fous ces touristes ! Smiley

Concernant la grotte, c'est tout à fait juste. Il y a bel et bien une grotte dans le château de Neuschwanstein (der Schwan = le cygne). Ce qui est surprenant, c'est que la grotte ne se trouve pas au sous-sol, comme on pourrait l'imaginer, mais à l'étage, au détour d'un corridor ! Louis II n'a pas fait les choses à moitié ...

francois

3. francois Le 01/07/2009 à 10:44

Moi, je n'ai pas visité Neuschwanstein, mais j'ai lu Tristan et Iseult (entre 13 et 15 ans, je crois). Je ne l'ai pas relu, mais ça m'avait beaucoup plu et touché aussi. Ma lecture commence à dater un peu, mais je ne me souvenais plus des éléments légendaires et fantastiques... je me souviens de l'épreuve du feu, mais j'avais oublié le breuvage... Bref, je crois qu'une relecture s'impose :)

koyolitetseila

4. koyolitetseila Le 01/07/2009 à 19:36

Bon, François, en gros, tu n'as plus qu'à relire le livre avant de te rendre au château de Neuschwanstein !Smiley

olivier

5. olivier Le 06/07/2009 à 17:53

L'épreuve de feu ?
Bon, enfin, moi je connais surtout le mythe par l'opéra de Wagner.

Oui les touristes sont fous, mais il faut dire qu'entre le château et sa grotte aux cygnes, il y a tout un monde féérique proche de Disney. Je ne sais pas si Disney connaissait le Neuschwanstein, mais le logo des émissions y ressemble furieusement

millefiori

6. millefiori Le 03/08/2010 à 17:29

Un des plus beaux ouvrages médiévaux ! Quelle poésie ! Les rosiers sortant des tombes des deux amants qui se lient dans l'éternité ! L'amour provoqué par la magie, comme dans Midsummer Night Dream de Shakespeare ("Songe d'une nuit d'été" en français, je n'en suis pas sûr). Un livre à lire juste après Tristan et Iseult tant ils se ressemblent dans leur vision de l'amour, parfois interdit, parfois impossible mais toujours éternel ! Smiley
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